C’est en 1978 , sous l’impulsion de Francine Dubreucq – directrice de l’Ecole Decroly – que l’ASBL portant le nom de Fédération des Ecoles Libres Subventionnées Indépendantes est créée.  Elle regroupe alors une dizaine de Pouvoirs Organisateurs (primaire, secondaire, spécial, promotion sociale).

Francine Dubreucq nous retrace quelques étapes qui ont amené à la création d’un tel regroupement : “L’histoire de l’enseignement belge a été dominée au 19e siècle par la guerre scolaire, qui dérive de l’article 17 de la Constitution : -l’enseignement est libre ; Toute mesure préventive est interdite ; …  L’instruction publique donnée au frais de l’Etat est aussi réglée par la loi-. Cette formulation particulièrement peu claire autorisait au moins deux interprétations : le constituant voulait-il prendre des garanties contre l’intervention de l’Etat, comme l’affirmait l’Eglise, ou imposer à l’Etat l’obligation de créer un enseignement, selon les libéraux ?”

Dans l’immédiat, le résultat fut catastrophique : plus de 2000 écoles sur les 4000 qu’avait fondées le régime hollandais furent fermées et les congrégations ouvrirent des écoles confessionnelles ; on vit aussi proliférer des petites écoles libres animées par de pauvres hères sans formation aucune. Il fallut attendre la loi du libéral Van Humbeeck, 1er Ministre de l’Instruction Publique, pour qu’un enseignement officiel neutre et laïque soit enfin organisable.
Prenant les devants, divers groupes, laïques et/ou féministes, avaient créé des écoles privées payantes, fréquentées par des enfants des classes moyennes et supérieures( cf . les fondations Gatti de Gamond, Daschbeeck, Bischoffscheim qui ont rejoint depuis l’enseignement officiel).

C’est dans ce contexte que des libéraux fondèrent à Bruxelles, en 1864, la Ligue de l’enseignement, qui se consacra vaillamment à la défense de l’école publique tout en défendant des conceptions pédagogiques particulièrement progressistes.  Pour les expérimenter, elle ouvrit son « Ecole Modèle » en 1875  qui tire ses ressources d’actionnaires et de souscripteurs particulièrement généreux ! Le Comité est tout-puissant et nomme le personnel… après l’avoir quelque peu débauché : « vous, Messieurs les professeurs, vous n ‘avez pas hésité à abandonner les fonctions assurées que vous occupiez dans l’enseignement officiel pour vous dévouer complètement à cette entreprise dont vous deviez partager la bonne comme la mauvaise fortune ».
En 1881, Charles Buls, secrétaire de la Ligue et Echevin de l’Instruction publique évoque la démographie scolaire à Bruxelles : 10.875 enfants dans les écoles communales, 5259 dans les écoles catholiques, et enfin 1974 dans les écoles privées laïques qui, à partir de 1895, peuvent être subsidiées par le gouvernement sans devoir inscrire à leur programme un cours de religion.

Naissance d’une pédagogie nouvelle

En 1901, le Docteur Decroly ouvre son « laboratoire d’observation psychologique » pour enfants irréguliers, qui deviendra aussitôt un internat d’enseignement spécial (Institut Decroly) où s’élabore une méthodologie révolutionnaire.

Le succès est tel qu’un groupe de parents d’enfants normaux de tout âge ouvrent en 1907 l’école de l’Ermitage, où le Docteur Decroly expérimente en toute liberté les techniques éducatives dont une psychopédagogie scientifique démontre la validité.  L’école était alors une simple entreprise privée tirant ses ressources d’un mécénat bienveillant, mais surtout des fonds propres de la famille Decroly.

Ces écoles sont restées des écoles libres non confessionnelles d’abord privées, puis « adoptables », puis subventionnées ; elles se soumettent d’autant plus volontiers aux règles de l’enseignement public qu’elles refusent toute marginalisation, mais entendent rester libres du choix de leurs méthodes.

Après la guerre de 1940-45, les responsables de l’école ont entrepris des démarches pour la transformer en athénée d’Etat (avec section préparatoire), mais en réclamant un statut d’école expérimentale pour préserver la spécificité de sa méthodologie et pour assurer le recrutement autonome des enseignants.  Ce dernier point fit échouer le projet : la prérogative de nomination devait rester au Ministre de l’Instruction Publique.

Plusieurs écoles nouvelles sont nées en Belgique tout au long du siècle : l’Ecole Hamaïde, L’Ecole en Couleurs, l’Ecole Ouverte… . Elles pratiquent plus ou moins la même méthodologie, ont été créées par des parents ou des enseignants et sont gérées par des ASBL. D’autre part,  J. et L. Mawet-Balesse, ont associé à l ‘école communale de Paudure, en 1929, les techniques Freinet à la méthodologie decrolyenne ; ils ont longtemps assuré l’impression des brochures de l’Ecole Moderne et inspiré le mouvement « Education populaire », dont plusieurs écoles Freinet se réclament aujourd’hui (l’Autre Ecole, Les Bruyères …) »

Si comme pour nos écoles fondamentales, certaines de nos écoles secondaires (Ecole Decroly, Ecole Internationale « Le Verseau ») sont nées autour d’un projet pédagogique original, d’autres sont nées autour du monde professionnel : le nursing et soins infirmiers (Institut Reine-Fabiola – 1934 : création de la 1re école de « puériculture » de Belgique qui portait alors le nom d’Institut Reine Astrid), la radio, le cinéma, la photographie et l’électronique (INRACI), la coiffure (Elce à Gilly).

Si beaucoup de nos écoles d’enseignement spécialisé (fondamental et secondaire) ont des origines semblables, certaines ont été initiées par des associations ayant comme objectif d’aider l’enfant handicapé ou malade (ex : des mutuelles).

Une promotion sociale à trois visages
Les établissements de promotion sociale figurant  dans l’enseignement non confessionnel le sont pour diverses raisons qui schématiquement peuvent se résumer en 3 axes (professionnel, linguistique, polito-philosophique).

Un axe professionnel
Souvent les organisations professionnelles ont été à l’origine de la création d’écoles de promotion sociale afin de former au mieux les praticiens de la profession qu’elles défendent.  Ces organisations sont de part leur nature et de part leur composition variée, non confessionnelle.
C’est le cas des deux écoles d’optique qui organisent un graduat en optométrie et contactologie (I.O.R.T. et C.E.S.O.A.), de l’Ecole de Coiffure d’Ixelles, de l’Institut d’Enseignement Commercial de Namur géré dès 1926 par l’Association Belge des Experts Comptables et Comptables de Namur, de l’Institut Supérieur de Commerce (devenu depuis l’une des écoles de l’EPFC) créé par la Chambre des Comptables et Experts Comptables de Bruxelles.
On peut également ranger dans cet axe professionnel l’Ecole d’Ergologie de Belgique annexée à l’Institut des Hautes Etudes de Belgique (ULB).

Un axe linguistique
Les demandes en formation linguistique sont très importantes à Bruxelles, du fait de sa situation de capitale belge et européenne et de l’importance du secteur tertiaire et commercial.
Nos écoles bruxelloises occupent, dans ce créneau, une place de tout premier ordre :

  • EPFC (Enseignement de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Bruxelles et de l’Université Libre de Bruxelles) : anglais, néerlandais, français, espagnol, allemand, russe, portugais, chinois, arabe
  • CPAB : anglais, néerlandais, français pour étrangers, espagnol.
  • IFCAD: français pour étrangers
  • Willemsfonds : néerlandais

Un axe politico-philosophique
Après la 2e guerre mondiale, le mouvement des « Femmes Prévoyantes Socialistes » a entamé la mise en place de tout un réseau d’enseignement dans les secteurs qui, à l’époque, étaient traditionnellement réservés aux femmes (habillement, cuisine, tricot…).
Depuis l’entrée en vigueur du décret du 21 avril 1991 réorganisant l’enseignement de Promotion Sociale, ces écoles ont entamé une reconversion accélérée en vue de mieux répondre aux nouveaux besoins en formation et d’augmenter, de la sorte, les chances d’employabilité des femmes, essentiellement dans les créneaux de services aux personnes et du tertiaire. Il va sans dire que l’approche laïque dans ces nouveaux domaines de formation et d’enseignement revêt une importance primordiale.
En dehors des écoles de Bruxelles et de Charleroi, c’est dans la province de Liège que se concentrent les écoles du groupe FPS (à Verviers, Ans, Liège, Poulseur, Seraing, Hannut et Waremme) qui ont souvent de nombreuses implantations décentralisées.

Les Académies (E.S.A.H.R.)
L’enseignement libre non confessionnel comprend aussi neuf académies ( musique, arts parlés et danse) intégrées depuis le décret du 6 juin 1998 dans l’Enseignement artistique secondaire à horaire réduit  (ESAHR), sept d’entre elles sont situées dans la région liégeoise, les autres académies organisées en Communauté française dépendent de l’enseignement communal.

On peut s’interroger sur les raisons profondes qui ont contraint des citoyens à créer ces établissements dans des communes où la culture a été oubliée par les gestionnaires publics.

Il faut toutefois signaler qu’actuellement certaines de ces communes sont étroitement associées à la gestion de nos académies.

L’enseignement supérieur
Nous nous permettons tout d’abord de rappeler que l’Université Libre de Bruxelles est certainement la plus prestigieuse des institutions non confessionnelles.

Mme Janine Verbist, Directrice de l’E.O.S., évoquait  dans le magazine “Espace de Libertés” de Février 1999, la création de HELB-Ilya Prigogine :  “La restructuration de l’enseignement supérieur en Hautes Ecoles nous a mené à entrer dans une collaboration très soudée avec 4 autres écoles (se définissant comme libres non confessionnelles) l’INRACI, l’ILB, l’ISCAM, et L’Ecole d’Infirmier(ère)s de l’ULB qui forment des informaticiens, des techniciens de la photo et de l’audio-visuel, des praticiens des relations publiques, des kinés, des ergothérapeutes, des podologues, des infirmiers…”

Nos cinq établissements ont voulu s’associer dans un esprit de collaboration et non pas de fusion, même si les contraintes budgétaires risquent de nous entraîner à une uniformisation, si nous n’y prenons garde.
Dans le respect mutuel, les 5 établissements ont convenu de permettre à chacun des partenaires de conserver sa culture institutionnelle, de garder l’esprit « maison » qui est le sien, et de considérer que le nouvel esprit né de la nouvelle organisation en Haute Ecole soit pour chaque établissement fondateur un plus, un enrichissement et non pas une amputation de son sens.

Il n’est pas innocent non plus que nous ayons demandé au professeur de l’ULB, Ilya Prigogine, prix Nobel de physique de parrainer notre Haute Ecole, car c’est bien lui qui écrivait, avec Isabelle Stengers, dans «La Nouvelle Alliance» : «Nous devons apprendre également à respecter les autres approches intellectuelles, que ce soient les approches traditionnelles des marins et des paysans ou les approches créées par les autres sciences. Nous devons apprendre non  plus à juger la population des savoirs, des pratiques, des cultures produites par les sociétés humaines, mais à les croiser, à établir entre eux des communications inédites qui nous mettent en mesure de faire face aux exigences sans précédent de notre époque ».